L'étoile du Grand Sapin Bleu
Un conte sur : l'amitié · 5 minutes
Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !
C'était le soir du 24 décembre. La nuit tombait doucement sur la Forêt des Sapins-Bleus, et la neige brillait sous la lune.
Toute la forêt s'était réunie au pied du Grand Sapin Bleu. Les lapins avaient apporté des carottes glacées. Mirabelle avait apporté des noisettes, exactement dix, comptées trois fois. Bouchon avait apporté des tasses pour tout le monde, et s'était excusé auprès de chacune. Brindille et sa maman étaient là. Pip chantait. Et Tartine dormait, bien sûr, mais au premier rang.
Tout en haut du sapin, l'étoile brillait. Vingt-trois éclats de toutes les couleurs. Et un dernier petit trou gris, qui ne s'allumait toujours pas.
Pépin ne quittait pas l'étoile des yeux.
« Et s'il ne vient pas ? chuchota-t-il. Et si le Père Noël ne trouve pas la forêt à cause de moi ? »
Grand-Père Gédéon lui caressa le bonnet, sans rien dire.
Un peu à l'écart, sur une branche basse, il y avait Chipie. Elle regardait la fête, avec un petit sourire. Mais de temps en temps, son regard glissait vers le bonnet de Pépin. Vers le grelot.
Pépin le remarqua. Et il se souvint du nid tout en haut du Vieux Chêne. De Chipie qui serrait le grelot contre elle, comme un doudou. De ce qu'elle avait dit : « Quand il fait pling, j'ai l'impression que quelqu'un me parle. »
Ce grelot, Pépin l'avait depuis toujours. Il était fêlé, il faisait pling au lieu de ding, mais c'était le sien. Son trésor.
Il réfléchit. Longtemps. Pour une fois, il n'était pas pressé du tout.
Puis il détacha le grelot de son bonnet. Il marcha jusqu'à la branche de Chipie, et le lui tendit.
« Tiens. Il est pour toi. »
Chipie ouvrit de grands yeux.
« Mais… c'est ton grelot. Ton grelot à toi.
— Je sais. Mais toi, tu en as plus besoin que moi. Comme ça, la nuit, quelqu'un te parlera. Même si maintenant, tu n'es plus toute seule. »
Chipie prit le grelot, tout doucement, du bout du bec. Elle le serra contre ses plumes. Et le grelot fit :
Pling.
Au même instant, tout là-haut, le dernier petit trou gris s'alluma.
L'étoile tout entière se mit à briller. Pas un peu. Énormément. Une lumière chaude, dorée, argentée, verte, couleur noisette, de toutes les couleurs à la fois. Elle illumina tout le Grand Sapin Bleu, puis la clairière, puis la forêt entière, jusqu'au Vieux Chêne.
Toute la forêt retint son souffle.
Et c'est alors qu'on entendit, très loin dans le ciel, un tintement. Des clochettes. Des dizaines de petites clochettes qui faisaient ding, ding, ding. De plus en plus proches.
« Il arrive ! cria Mirabelle. Il arrive ! »
Un traîneau descendit du ciel, tiré par des rennes au pelage couvert de givre. Il fit un grand tour au-dessus du Grand Sapin Bleu, et se posa en douceur dans la clairière, dans un nuage de neige scintillante.
Un homme à grande barbe blanche en descendit. Une barbe presque aussi grande que celle de Grand-Père. Il riait d'un grand rire chaud qui faisait trembler son ventre.
« Ho, ho, ho ! Quelle étoile ! Je l'ai vue depuis l'autre bout du ciel ! »
Pépin s'avança, tout intimidé.
« C'est… c'est moi qui l'avais cassée. Le premier jour de décembre.
— Je sais, dit le Père Noël en souriant. Et tu veux que je te dise un secret ? Chaque fois qu'un éclat s'allumait ici, j'entendais un petit pling jusque dans mon atelier. Un pling le jour où tu as dit la vérité. Un pling quand tu as aidé le petit faon. Un pling quand tu as pardonné. Vingt-quatre pling. C'est comme ça que je savais que la Forêt des Sapins-Bleus m'attendait. »
Il fouilla dans sa grande hotte. Et il en sortit un petit paquet, qu'il tendit à Pépin.
Pépin l'ouvrit. À l'intérieur, il y avait un grelot. Un grelot tout neuf, tout brillant. Pépin le secoua.
Ding.
Pas pling. Ding ! Un vrai ding, clair et joyeux, qui résonna dans toute la clairière.
« Pour celui qui a su donner le sien », dit le Père Noël.
Il y eut des cadeaux pour tout le monde, cette nuit-là. Un boulier pour Mirabelle, pour compter jusqu'à cent. Une lanterne de poche pour Bouchon. Un oreiller tout neuf pour Tartine. Une chanson inconnue pour Pip. Et pour Chipie, une invitation, écrite de la main de Grand-Père, qu'il sortit de sa barbe : « Viens passer l'hiver à la Maison-Souche. Il y a de la place, et des horloges qui ne disent jamais la même heure. »
Chipie dit oui. Avec son grelot. Pling !
Le traîneau repartit dans le ciel, et toute la forêt lui fit au revoir, jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une petite étoile parmi les autres.
Cette nuit-là, dans la Maison-Souche, tout le monde s'endormit près du feu, serrés les uns contre les autres. Et quand Pépin bougeait dans son sommeil, son grelot faisait ding. Et quand Chipie bougeait dans le sien, son grelot répondait pling.
Le lendemain matin, Tartine se réveilla enfin, bâilla, s'étira, et demanda :
« Alors… il est passé ? »
Et toi, qu'est-ce que tu serais prêt à donner à un ami, même si c'est ton trésor ?
Ding ! fit le grelot. Le dernier éclat de l'étoile ! Joyeux Noël, les petits lutins… et cette nuit, laissez vos chaussures près du sapin !
Encore un peu de patience…
Ce conte s'ouvrira le 24 décembre. Pépin est encore en train de le préparer !
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