L'étoile en mille morceaux
Un conte sur : dire la vérité · 5 minutes
Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !
Ce matin-là, le premier jour de décembre, Pépin se réveilla avant tout le monde. Avant le soleil. Avant même les horloges de Grand-Père Gédéon, qui pourtant ne dormaient jamais.
« Aujourd'hui, c'est le jour de l'étoile ! » chuchota-t-il.
Chaque année, toute la forêt se retrouvait au pied du Grand Sapin Bleu pour accrocher l'étoile tout en haut. Tous ensemble. Le soir.
Mais le soir, c'était loin. Beaucoup trop loin pour un lutin impatient.
Alors Pépin enfila sa chaussette rouge, sa chaussette verte, son bonnet trop long, et fila sur la pointe des pieds. Pling, fit son grelot fêlé.
« Chut ! » lui dit Pépin.
Dans la Maison-Souche, l'étoile dormait dans sa boîte, emmitouflée de mousse. Elle était en verre de givre, si fine qu'on voyait la lune à travers.
« Je vais juste la regarder », se dit Pépin.
Puis : « Je vais juste la toucher. »
Puis : « Je vais juste l'accrocher, tout seul, et tout le monde dira : Oh ! Pépin ! Quel lutin formidable ! »
Il grimpa dans le Grand Sapin Bleu. Une branche. Deux branches. Trois branches… Son bonnet trop long lui tomba sur les yeux. Il ne voyait plus rien.
Il glissa.
L'étoile aussi.
CRAC !
Sur la neige, l'étoile n'était plus une étoile. C'étaient vingt-quatre petits éclats, tout gris, tout éteints.
Pépin sentit son ventre faire des nœuds. Personne ne l'avait vu. Il pouvait cacher les morceaux sous la neige… Ou accuser le vent. Le vent ne dirait rien. Le vent ne dit jamais rien.
Il ramassa les éclats dans son bonnet et rentra très, très doucement.
Grand-Père Gédéon buvait sa tisane. Il fouilla dans sa barbe et en sortit une cuillère, une pomme de pin, une chaussette verte (tiens donc, la jumelle de celle de Pépin), et enfin ses lunettes.
« Tu en fais une tête, mon petit bourgeon. »
Pépin avait la gorge serrée. Ce serait si facile de dire : « C'est le vent. »
Il ouvrit son bonnet.
« C'est moi. J'ai voulu l'accrocher tout seul, avant tout le monde. Et je l'ai cassée. »
Une larme tomba sur un éclat.
Grand-Père ne cria pas. Il prit Pépin sur ses genoux.
« Tu sais pourquoi cette étoile est si précieuse ? La nuit du 24, le Père Noël passe au-dessus de la forêt. Sans sa lumière, il ne nous trouve pas.
— Alors il ne viendra pas ? sanglota Pépin.
— Tout doux, mon petit bourgeon. Cette étoile est faite de la même chose que les gestes du cœur. Chaque fois que quelqu'un, dans la forêt, fait quelque chose de bon, un éclat se rallume. »
Pépin regarda les éclats. Ils étaient toujours gris.
« Mais je n'ai rien fait de bon, moi. J'ai tout cassé.
— Tu as dit la vérité alors que personne ne t'avait vu. Ce n'est pas rien, tu sais. C'est même très difficile. »
Et à ce moment-là, au fond du bonnet, un tout petit éclat se mit à briller. Doucement, comme une luciole qui se réveille.
Pépin le regarda avec des yeux ronds comme des boules de Noël.
« Plus que vingt-trois ! » Il compta sur ses doigts, puis sur ses orteils, puis sur les orteils de Grand-Père. « Ça fait beaucoup de gestes du cœur.
— Ça tombe bien, dit Grand-Père en replongeant dans sa barbe. Il reste vingt-trois jours. »
Et toi, si tu avais cassé quelque chose de précieux, aurais-tu osé le dire ?
Pling ! fit le grelot. Un éclat de plus pour l'étoile ! Et maintenant, au lit les petits lutins… mais pas avec les chaussures !
Encore un peu de patience…
Ce conte s'ouvrira le 1 décembre. Pépin est encore en train de le préparer !
Voir le calendrier