Le secret de Mirabelle
Un conte sur : la confiance · 5 minutes
Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !
Cet après-midi-là, Mirabelle vint chercher Pépin. Elle avait l'air très sérieuse. Elle regarda à droite, à gauche, en haut, en bas, et même sous le tapis.
« Pépin, je peux te dire un secret ? Mais tu dois promettre de ne le répéter à personne. Personne, personne. Même pas aux cailloux. »
Pépin adorait les secrets. Il hocha la tête si fort que son bonnet lui tomba sur le nez.
« Promis ! »
Mirabelle se pencha tout près de son oreille, et chuchota :
« Je ne sais pas compter après sept. »
Pépin cligna des yeux.
« Je fais semblant, continua Mirabelle, toute rouge sous ses poils. Après sept, je dis des nombres au hasard. Onze, quarante, mille… Je pensais que personne ne s'en rendait compte. »
Pépin ne dit pas que tout le monde s'en rendait compte depuis toujours. Il trouva que ce n'était pas le moment.
« C'est mon plus grand secret, dit Mirabelle. Si les lapins le savaient, ils se moqueraient de moi pendant tout l'hiver. »
Elle repartit en sautillant, légère comme une plume, parce qu'un secret partagé, ça pèse moins lourd.
Pépin, lui, rentra à la Maison-Souche. Et c'est là que les choses se compliquèrent.
Parce qu'un secret, pour un petit lutin impatient, c'est comme un bonbon dans la bouche : ça donne terriblement envie de le croquer.
Il avait le secret qui lui chatouillait la langue. Il avait le secret qui lui tirait sur les oreilles. Il avait le secret qui faisait des bonds dans son ventre.
Quand il croisa les lapins dans la clairière, il ouvrit la bouche.
« Vous savez quoi ? Mirabelle, elle… »
Il referma la bouche si vite qu'il se mordit la langue. Aouille !
« Elle quoi ? demandèrent les lapins.
— Elle… elle a une très jolie écharpe jaune. »
Les lapins le regardèrent bizarrement, et repartirent.
Au goûter, il faillit encore le dire à Grand-Père. Alors il fourra son bonnet dans sa bouche, pour être sûr. Grand-Père leva un sourcil, mais ne posa aucune question.
Un peu plus tard, dans la Clairière des Glissades, les lapins organisèrent un concours de lancer de pommes de pin.
« Mirabelle, tu comptes les points ! »
Mirabelle devint toute pâle. Elle regarda le tas de pommes de pin. Il y en avait beaucoup. Beaucoup plus que sept.
Pépin vit la panique dans ses yeux. Et sans réfléchir, il sauta devant elle.
« Non ! C'est moi qui compte ! J'adore compter ! Mirabelle, tu peux être l'arbitre, c'est elle qui décide si c'est gagné ou pas. C'est encore plus important ! »
Mirabelle le regarda avec des yeux tout brillants.
Et ce soir-là, en secret, dans le creux de l'arbre de Mirabelle, Pépin lui apprit à compter. Avec des noisettes. Un, deux, trois… sept, huit, neuf, dix. Lentement. Une noisette à la fois.
« Huit, neuf… dix ! réussit Mirabelle. Dix ! J'ai compté jusqu'à dix ! »
Elle était si contente qu'elle mangea les dix noisettes d'un coup. Puis elle dut recommencer depuis le début.
« Merci, Pépin. Tu n'as rien dit à personne, hein ?
— Rien du tout. Même pas aux cailloux. Mais j'ai failli manger mon bonnet. »
Mirabelle éclata de rire. Et dans son rire, il y avait quelque chose de nouveau. Quelque chose de tout doux et de tout solide à la fois. La confiance.
Quand Pépin rentra à la Maison-Souche, un éclat brillait dans la boîte, d'une couleur noisette très chaude. Grand-Père, sans rien demander, sortit de sa barbe un bonbon à la menthe et le lui tendit.
« Pour remplacer le bonnet. C'est meilleur à mâchouiller. »
Et Mirabelle, qui l'avait raccompagné jusqu'à la porte, fit tinter deux noisettes l'une contre l'autre : pling.
Et toi, est-ce que tu sais garder un secret ? Et à qui confierais-tu le tien ?
Pling ! fit le grelot. Un éclat de plus pour l'étoile ! Et maintenant, au lit les petits lutins… mais pas avec les chaussures !
Encore un peu de patience…
Ce conte s'ouvrira le 18 décembre. Pépin est encore en train de le préparer !
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