★ Pépin
Jour 20 · Calendrier de l'Avent

Pardon, Chipie

Un conte sur : pardonner · 5 minutes

Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !

Ce matin-là, quelqu'un frappa à la fenêtre de la Maison-Souche. Toc, toc, toc.

Pépin ouvrit les rideaux. Sur le rebord, il y avait Chipie. Elle avait les plumes ébouriffées, comme si elle n'avait pas beaucoup dormi. Et dans son bec, elle tenait une petite bourse en tissu, toute gonflée.

Pépin ouvrit la fenêtre. Chipie entra en sautillant, posa la bourse sur la table, et recula d'un pas. Elle tremblait un peu.

Grand-Père Gédéon, Pépin, et même Mirabelle et Bouchon, qui étaient venus prendre le petit déjeuner, la regardèrent sans rien dire.

Alors Chipie ouvrit la bourse avec son bec.

Elle en sortit un éclat d'étoile. Il brillait. Elle le posa doucement dans la boîte.

Puis un deuxième. Puis un troisième.

Puis la petite cuillère de Grand-Père, celle qu'il cherchait depuis l'automne.

Et enfin, tout au fond de la bourse… le grelot de Pépin. Son grelot fêlé.

Chipie le poussa vers lui du bout du bec. Puis elle baissa la tête, et dit d'une toute petite voix :

« Pardon. Pardon d'avoir pris vos éclats. Pardon d'avoir pris ton grelot. Et pardon pour la cuillère. Hier soir, quand j'ai trouvé la lanterne, j'ai compris que je n'avais plus besoin de voler la lumière des autres. »

Il y eut un long silence. Une horloge fit tic. Une autre fit tac. Une troisième, comme d'habitude, dit : « Pas encore. »

Mirabelle fronça un peu le nez.

« À cause de toi, Pépin s'est mis en colère, et toutes mes noisettes se sont renversées. »

Chipie baissa la tête encore plus bas.

« Je sais. Je suis désolée. »

Pépin regarda Chipie. Il pensa à tout ce qu'il avait fait, lui aussi, depuis le début du mois. L'étoile cassée. Bouchon accusé à tort. Les noisettes renversées, justement. Et chaque fois, quelqu'un lui avait pardonné.

Il prit son grelot. Il le secoua.

Pling !

Cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas entendu. Il eut l'impression qu'un vieil ami lui disait bonjour.

Puis il se tourna vers Chipie.

« Je te pardonne, Chipie. »

Chipie releva la tête, très étonnée.

« C'est tout ? Tu n'es plus fâché ?

— Si, un petit peu, avoua Pépin. Mais je n'ai pas envie de rester fâché. Ça prend trop de place dans le ventre. »

Mirabelle soupira, puis sourit.

« Bon. Moi aussi, je te pardonne. Mais tu m'aideras à ramasser mes noisettes, la prochaine fois. »

Bouchon, lui, s'avança et tendit le nez.

« Tu veux un câlin de nez ? Ah… mais tu as un bec. »

Ils essayèrent quand même. Ce fut un câlin de nez-bec, un peu bizarre, un peu piquant, et très réussi.

Grand-Père Gédéon sortit de sa barbe une cinquième tasse, et la remplit de chocolat chaud.

« Assieds-toi, Chipie. Il y a toujours de la place pour une de plus. »

Chipie s'assit. Elle but son chocolat à petites gorgées, avec des yeux tout brillants. Personne ne l'avait jamais invitée à un petit déjeuner.

Et c'est à ce moment-là qu'un nouvel éclat s'alluma dans la boîte. Un éclat argenté, comme une plume de pie.

Mirabelle se pencha pour compter.

« Un, deux, trois… huit, neuf, dix. »

Elle reprit au début, sérieuse comme tout.

« … huit, neuf, dix. Dix et dix… Vingt ! Il y a vingt éclats qui brillent ! »

Tout le monde applaudit. Pas seulement pour les éclats. Surtout pour Mirabelle.

Et toi, est-ce que c'est facile de pardonner ? Et de demander pardon ?

Pling ! fit le grelot. Un éclat de plus pour l'étoile ! Et maintenant, au lit les petits lutins… mais pas avec les chaussures !