Le câlin qui piquait
Un conte sur : accepter la différence · 5 minutes
Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !
Cet après-midi-là, toute la forêt jouait au chat-câlin dans la Clairière des Glissades.
La règle était simple : le chat courait après les autres, et quand il en attrapait un, il lui faisait un gros câlin. Celui qui avait reçu le câlin devenait le chat à son tour.
Pépin courait partout, trop vite, en glissant sur les fesses une fois sur deux. Mirabelle sautait de branche en branche en comptant ses points, qui ne voulaient rien dire. Pip le bouvreuil volait au-dessus en chantant « Attrape-moi ! ».
Puis ce fut au tour de Bouchon d'être le chat.
Il s'élança, tout content, sur ses petites pattes. Et là, tout le monde se mit à crier :
« Aaah ! Pas Bouchon ! Ça pique ! »
Les lapins plongèrent dans leur terrier. Les mulots grimpèrent sur un sapin. Même Pépin, qui n'avait peur de rien, se cacha derrière un bonhomme de neige.
Bouchon s'arrêta au milieu de la clairière. Tout seul.
Il alla s'asseoir sur une vieille souche. Il remonta ses lunettes rondes, qui étaient toutes embuées. Puis il dit tout bas à un caillou :
« Pardon d'être piquant. »
Le caillou ne répondit pas. Les cailloux ne répondent jamais, mais d'habitude Bouchon s'en fichait. Aujourd'hui, ça le rendait encore plus triste.
Pépin sortit de derrière son bonhomme de neige. Il regarda Bouchon. Il regarda les autres, qui continuaient de jouer sans lui. Et son cœur fit un petit nœud, comme le jour de l'étoile.
Il alla s'asseoir à côté de son ami. Doucement, pour ne pas se piquer.
« Tu sais, Bouchon, tes piquants… »
Il s'arrêta. Une feuille morte venait de tomber d'une branche et de se planter toute seule sur le dos de Bouchon. Puis une deuxième. Puis une baie rouge.
Pépin ouvrit des yeux ronds. Une idée lui traversa la tête à toute vitesse, comme toujours.
« Bouge pas ! »
Il ramassa des baies rouges, des petites pommes de pin, des brins de houx, et les piqua délicatement sur le dos de Bouchon. Mirabelle descendit voir, puis Pip, puis les lapins, puis les mulots.
Quand ce fut fini, Bouchon ressemblait exactement à un petit sapin de Noël. Un sapin avec des lunettes.
« Et maintenant, annonça Pépin, on joue à « Trouve le sapin ! ». Bouchon se cache, et les autres le cherchent. »
Bouchon alla se cacher parmi les jeunes sapins, au bord de la clairière. Il ne bougea plus. Personne ne le trouva. Ni Pépin, ni Mirabelle, ni les lapins. Pip se posa même sur sa tête sans le reconnaître.
Bouchon gagna une fois. Puis deux. Puis trois. Il riait si fort que ses baies tombaient.
« Moi aussi, je veux être décoré ! » réclamèrent les lapins. Mais leurs poils étaient trop doux, et rien ne tenait. Il n'y avait que Bouchon pour être un aussi beau sapin.
Avant de rentrer, Bouchon leur apprit son secret : le câlin de nez. On frotte le bout de son nez contre le bout du nez de l'autre. Ça chatouille, ça fait rire, et ça ne pique pas du tout.
Tout le monde se fit des câlins de nez jusqu'à la nuit.
Ce soir-là, dans la boîte, un nouvel éclat s'alluma. Grand-Père Gédéon sortit de sa barbe une baie rouge, oubliée là on ne sait comment, et la posa à côté.
Et toi, qu'est-ce qui te rend différent des autres ? Est-ce que ça peut devenir une force ?
Pling ! fit le grelot. Un éclat de plus pour l'étoile ! Et maintenant, au lit les petits lutins… mais pas avec les chaussures !
Encore un peu de patience…
Ce conte s'ouvrira le 6 décembre. Pépin est encore en train de le préparer !
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