La nuit la plus noire
Un conte sur : le courage · 5 minutes
Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !
Ce soir-là, Bouchon était resté très tard à la Maison-Souche. Il voulait voir les éclats briller dans la boîte. Il y en avait plusieurs, maintenant, et c'était très joli.
Mais quand il regarda par la fenêtre, Bouchon devint tout pâle sous ses piquants.
Dehors, il faisait nuit. Pas une petite nuit grise. Une nuit noire, noire, noire. Sans lune et sans étoiles.
« Je… je dois rentrer chez moi, chuchota Bouchon. Mais j'ai peur du noir. »
Pépin bomba le torse.
« Moi, je n'ai peur de rien ! Je t'accompagne ! »
Grand-Père Gédéon fouilla dans sa barbe et en sortit… une lanterne. Allumée. Personne ne sut jamais comment c'était possible.
« Prends ça, mon petit bourgeon. Et restez bien ensemble. »
Les voilà partis dans la forêt. La lanterne dessinait un petit rond de lumière sur la neige. Tout autour, les sapins faisaient de grandes ombres.
Au milieu du chemin, le vent se leva. Fffffouuu.
Et la lanterne s'éteignit.
Noir. Tout noir. Si noir que Pépin ne voyait plus le bout de son nez, ni même le bout de son bonnet, qui pourtant était très long.
Alors, au loin, ils entendirent un bruit.
Grrrrooooon… pfffff… Grrrrooooon… pfffff…
Bouchon poussa un petit cri. Et le grelot de Pépin se mit à faire pling, pling, pling, pling, tout seul, très vite.
C'est parce que Pépin tremblait. De la tête aux pieds.
Il aurait pu continuer à faire le fier. Mais dans le noir, faire le fier, ça ne sert pas à grand-chose.
« Bouchon… avoua-t-il. Moi aussi, j'ai peur. »
Il y eut un petit silence.
« Ah bon ? dit Bouchon. Alors on a peur à deux. C'est moins lourd. »
Ils se prirent par la main. Enfin, par la main et par la patte. Doucement, pour ne pas se piquer.
« Si on chantait ? proposa Pépin. Quand on chante fort, la peur n'entend plus rien. »
Alors ils chantèrent la chanson des noisettes, celle qui n'a qu'un seul couplet. Faux. Très fort. Et ils avancèrent, un pas après l'autre.
Entre deux couplets, ils jouaient à nommer les bruits.
« Ça, c'est le vent qui siffle.
— Ça, c'est une branche qui craque.
— Ça, c'est un hibou qui a le hoquet. »
Mais le gros bruit, lui, continuait. Grrrrooooon… pfffff… Et il se rapprochait.
Ils avancèrent sur la pointe des pieds. Tout près, tout près… jusqu'à une grosse forme ronde, couchée devant un trou dans la neige.
C'était Tartine. Endormie à l'entrée de son terrier, son bonnet de nuit sur les yeux.
« Grrrrooooon… la nuit, c'est juste le jour qui fait dodo… pfffff… » marmonna-t-elle en ronflant.
Pépin et Bouchon se regardèrent. Et ils éclatèrent d'un fou rire si fort qu'ils durent s'asseoir dans la neige.
Tartine, elle, ne se réveilla pas.
La maison de Bouchon n'était plus très loin. Devant sa porte, il serra la main de Pépin.
« Merci d'être venu. Même si tu avais peur. Surtout parce que tu avais peur. »
Puis il s'excusa auprès de son paillasson et rentra.
Pépin, lui, devait faire le chemin du retour. Tout seul, cette fois. Il prit une grande inspiration… et là, entre les arbres, il aperçut une petite lumière. La fenêtre de la Maison-Souche.
Il marcha vers elle sans la quitter des yeux. « C'est sûrement comme ça que le Père Noël trouve son chemin, pensa-t-il. En suivant une lumière. »
Quand il poussa la porte, Grand-Père l'attendait. Dans la boîte, un nouvel éclat brillait.
« Tu as tremblé ? demanda Grand-Père.
— Un peu. Beaucoup, même.
— Et tu y es allé quand même. »
Grand-Père sourit dans sa barbe. Et quelque part dedans, quelque chose fit pling.
Et toi, de quoi as-tu peur ? Qu'est-ce qui t'aide à être courageux ?
Pling ! fit le grelot. Un éclat de plus pour l'étoile ! Et maintenant, au lit les petits lutins… mais pas avec les chaussures !
Encore un peu de patience…
Ce conte s'ouvrira le 7 décembre. Pépin est encore en train de le préparer !
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