★ Pépin
Jour 11 · Calendrier de l'Avent

Le grelot envolé

Un conte sur : gérer sa colère · 5 minutes

Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !

Ce matin-là, il faisait un grand soleil d'hiver. La neige brillait de partout, et le grelot de Pépin aussi.

Pépin aidait Mirabelle à ranger ses noisettes en jolis petits tas. Il chantonnait. Pling, faisait son grelot à chaque mouvement de tête. Pling, pling.

Tout à coup, une ombre passa au-dessus d'eux. Un battement d'ailes. Flap, flap, flap !

Et hop ! Quelque chose tira sur le bonnet de Pépin.

Quand il leva les yeux, il vit Chipie qui s'envolait à tire-d'aile. Dans son bec, il y avait son grelot. Son grelot fêlé, son grelot à lui, celui qu'il avait depuis toujours.

« HÉ ! REVIENS ! C'EST À MOI ! »

Mais Chipie était déjà loin, au-dessus des sapins.

Alors Pépin se mit en colère. Pas une petite colère. Une colère énorme, qui lui monta des pieds jusqu'aux oreilles.

Il devint tout rouge, comme une tomate de Noël. Il tapa des pieds. Il lança des boules de neige vers le ciel, qui lui retombèrent sur la tête. Il donna un coup de pied dans un sapin.

« Ouille ! » Le sapin, lui, n'avait rien senti.

Et dans sa colère, sans faire exprès, Pépin renversa les jolis petits tas de noisettes de Mirabelle. Elles roulèrent partout dans la neige.

« Mes noisettes ! s'écria Mirabelle. »

Mais Pépin ne l'entendait même pas. Il criait encore plus fort :

« Je vais l'attraper, cette pie ! Je vais lui arracher toutes ses plumes ! Je vais… je vais… »

C'est alors qu'une grande main se posa doucement sur son épaule. C'était Grand-Père Gédéon, venu voir ce qu'étaient tous ces cris.

« Tout doux, mon petit bourgeon. Je vois une tempête dans ta tête.

— Elle m'a volé mon grelot ! Je suis tellement en colère que je vais exploser !

— Tu as le droit d'être en colère. Mais une tempête, ça casse tout sur son passage. Regarde. »

Pépin regarda. Les noisettes éparpillées. Mirabelle, triste, qui les ramassait une à une. Le sapin, plein de neige secouée.

« Je vais t'apprendre un secret, dit Grand-Père. Pour calmer une tempête, il faut souffler comme le vent. Imagine qu'il y a devant toi un gâteau d'anniversaire de lutin, avec trois cent douze bougies. Et souffle-les toutes. »

Pépin prit une grande, grande inspiration. Et il souffla. Fffffffffouuuuu !

« Encore. Il reste au moins deux cents bougies. »

Fffffffffouuuuu !

« Encore une fois, pour les dernières. »

Fffffffffouuuuu…

Pépin sentit sa colère redescendre. Doucement. Comme la neige qui retombe après qu'on a secoué une boule à neige. Ses oreilles n'étaient plus rouges. Ses poings n'étaient plus serrés.

Il était toujours triste pour son grelot. Mais il n'était plus une tempête.

Il se tourna vers Mirabelle.

« Pardon, Mirabelle. J'ai renversé tes noisettes. Je vais t'aider à les ramasser. »

Alors ils ramassèrent les noisettes ensemble. Mirabelle comptait : « Un, deux, trois, sept, quatorze, mille… » et Pépin ne la corrigeait pas, parce que c'était très joli à entendre.

Ce soir-là, la Maison-Souche était bien silencieuse. Plus de pling quand Pépin tournait la tête. Son bonnet semblait tout vide.

« Pourquoi elle a pris mon grelot, Grand-Père ?

— Je ne sais pas, mon petit bourgeon. Les pies aiment ce qui brille. Mais parfois, quand on prend ce qui brille chez les autres, c'est qu'il fait très noir chez soi. »

Pépin resta longtemps à réfléchir à cette phrase.

Dans la boîte, un éclat s'alluma. Et puisqu'il n'y avait plus de grelot, Grand-Père sortit une petite cuillère de sa barbe et la fit tinter contre sa tasse.

Et toi, quand tu es très en colère, qu'est-ce qui t'aide à te calmer ? Tu veux essayer de souffler les bougies avec moi ?

Pling ! fit le grelot. Un éclat de plus pour l'étoile ! Et maintenant, au lit les petits lutins… mais pas avec les chaussures !