La course des luges
Un conte sur : savoir perdre · 5 minutes
Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte du conte ? C'est Pépin le lutin, le bonnet sur le nez et les chaussettes dépareillées !
Ce jour-là, c'était la grande course des luges, en haut de la Clairière des Glissades.
Pépin avait ciré sa luge pendant trois jours. Il l'avait tellement cirée que Grand-Père avait glissé dessus en traversant la cuisine.
« Je vais gagner, annonça Pépin à tout le monde. C'est sûr. C'est même déjà fait. »
Sur la ligne de départ, il y avait Mirabelle sur une écorce, deux lapins sur un plateau, Pip sur une feuille de chêne, et Bouchon… sans luge du tout.
« Tu n'as pas de luge, Bouchon ? demanda Pépin.
— Je n'en ai pas besoin, répondit Bouchon poliment. »
Mirabelle leva la patte pour donner le départ.
« À vos marques… prêts… »
Pépin, trop impatient, était déjà parti.
« Faux départ ! » cria tout le monde.
Il dut remonter la pente à pied, en traînant sa luge, tout essoufflé.
« À vos marques… prêts… PARTEZ ! »
Zzzzziiiiouuu ! Toutes les luges dévalèrent la pente.
Pépin allait vite. Très vite. Trop vite. Son bonnet trop long s'envola en arrière, puis retomba en avant, pile sur ses yeux. Il ne vit pas la bosse.
Boing ! La luge sauta. Pépin fit trois tours en l'air et atterrit la tête la première dans un tas de neige. Seules ses chaussettes dépareillées dépassaient.
Pendant ce temps, Bouchon s'était roulé en boule. Une petite boule toute ronde, toute piquante. Et il dévala la pente comme une pomme de pin qui a décidé de partir en vacances.
Roule, roule, roule… Bouchon passa la ligne d'arrivée le premier !
Tout le monde applaudit. Enfin, presque tout le monde.
Pépin sortit la tête de la neige, rouge de colère.
« C'est de la triche ! Une boule, ce n'est pas une luge ! Ça ne compte pas ! »
Il donna un coup de pied dans la neige, qui lui retomba dessus. Puis il alla s'asseoir sous un sapin, les bras croisés, et il bouda. Il bouda très fort. C'était sans doute la plus grosse bouderie de toute la forêt.
Au bout d'un moment, Pip vint se poser à côté de lui.
« Tu as vu Bouchon ? dit-il doucement. Il a gagné, et pourtant il a l'air triste. Il croit que tu es fâché contre lui. »
Pépin regarda. Au bas de la pente, Bouchon se tenait tout seul près de la ligne d'arrivée. Il n'osait même pas sourire.
Pépin sentit sa colère fondre un peu. Comme un bonhomme de neige au soleil.
Il se leva. Il marcha jusqu'à Bouchon. Ce n'était pas facile. Ses pieds avaient envie de faire demi-tour.
« Bravo, Bouchon, dit-il enfin. Tu as gagné. Tu étais une boule… magnifique. »
Bouchon rayonna derrière ses lunettes.
« Merci ! Tu veux que je t'apprenne à faire la boule ? »
Alors Pépin essaya. Il se mit en boule, ou presque, et se laissa rouler. Mais son bonnet s'enroula autour de lui, la neige colla de partout, et il arriva en bas de la pente transformé en énorme boule de neige, avec deux chaussettes qui dépassaient.
Toute la forêt éclata de rire. Pépin aussi. C'était encore plus drôle que de gagner.
Mais ce soir-là, en rentrant, Pépin trouva Grand-Père penché sur la boîte, l'air soucieux. Un éclat de plus avait disparu. Sur le rebord de la fenêtre, il y avait une plume argentée.
« Chipie est revenue, soupira Grand-Père. »
Pourtant, au fond de la boîte, un éclat tout neuf venait de s'allumer. Celui de la course. Celui du « bravo ».
Et toi, quand tu perds à un jeu, qu'est-ce que tu ressens ? Arrives-tu à dire bravo au gagnant ?
Pling ! fit le grelot. Un éclat de plus pour l'étoile ! Et maintenant, au lit les petits lutins… mais pas avec les chaussures !
Encore un peu de patience…
Ce conte s'ouvrira le 9 décembre. Pépin est encore en train de le préparer !
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